Parce qu'une saga telle que celle là ne meurt jamais ...
 
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 L'Intimité et la Foule

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MessageSujet: L'Intimité et la Foule   Dim 2 Mar - 17:55

La réponse de son compagnon avait rassuré Ivan alors, pour lui expliquer cet état de faits dans les termes le plus clairs possibles, il avait passé un bras autour de la taille si agréablement souple de son camarade et l'avait attiré contre lui, afin que ses lèvres, sa langue, son souffle pussent détailler dans les moindres développements l'ampleur de la satisfaction que cette nouvelle bienvenue sur l'organisation des repas de Poudlard lui apportait à lui, Ivan Krichtein, qui par ailleurs avait cette merveilleuse disposition à embrasser avec une passion rare et soutenue de toute la force d'une jeunesse impétueuse, une satisfaction si intense.

Après avoir jugé qu'il serait finalement opportun de laisser à Théodore le loisir de respirer, afin de ne pas le perdre trop vite par asphyxie, et également parce que le baiser avait en fin de compte très bien éclairé les sentiments d'Ivan sur la question, ce dernier détacha ses lèvres pour adresser à son camarade un sourire tendre, et un peu espiègle, car Ivan était bien plus espiègle que froid, bien plus joueur que distant, et bien plus impulsif que réfléchi. Mais telle était la part de sa personnalité à laquelle Théodore était l'un des rares à avoir accès, un privilégié.

Alors ils étaient sortis de la salle que leur passion avait métamorphosée, que leur dispute avait fait vacillé, et que leur réconciliation avait achevé de leur approprier, cette salle où chaque meuble avait pour eux désormais un sens caché et mystérieux, un sens intime dont ils étaient les seuls gardiens, où l'atmosphère même respirait un air qui n'avait de goût étrange que pour eux seuls, un goût qu'ils emportaient avec eux dans les couloirs vénérables de l'immense château, un goût lové entre leurs doigts entrecroisés.

C'était l'heure du repas, et les élèves affluaient vers la Grande Salle ; les couloirs étaient pleins, parfois certains circulaient en petit groupe, le plus souvent des filles, d'autres allaient seuls, avec un ami, et il y en avait un certain nombre en couples, mais de tous les couples c'était bien le leur qui attirait le plus les regards, à la fois parce qu'ils étaient deux jeunes hommes, mais également parce que, aux yeux de tous, ils étaient les deux jeunes hommes, parmi tous les élèves de Poudlard, à être le moins susceptible de ce genre de tendresse.

Un sourire amusé passait sur les lèvres d'Ivan lorsqu'il remarquait, parmi les gens qu'il croisait, telle jeune fille qui n'avait pas été de toute évidence insensible à sa beauté sibérienne et qui voyait à présent tous ses désespoirs déçus dans le contact pourtant intime et discret de ces deux mains. Ce n'était pas qu'il fût sadique et jouît de sa déception, mais simplement il éprouvait un plaisir, il est vrai un peu superficiel, à faire sentir à Théodore que son être avait du prix pour d'autres personnes, et qu'il y avait comme une gloire pour le Gryffondor à posséder lui cette main que d'autres auraient voulu avoir dans la leur.

De la part des certains élèves, des garçons surtout, naissait parfois un murmure désagréable que le jeune homme se faisait une joie de scier de son regard glacial, comme pour souligner en se parant de toute son aura noble et gracieuse qu'il n'avait pas perdu sur les rives de la tendresse ce qui faisait de lui un individu inaccessible, à la fois désagréablement tranchant, odieusement froid et mécaniquement respecté. Et par ce jeu entre froideur pour les autres et sensualité pour Théodore, l'espace qui était réservé dans sa vie au Gryffondor ne se dessinait que plus nettement.

Finalement, ils arrivèrent à la Grande Salle, et Ivan fit ce qu'il faisait d'habitude depuis quelques semaines, il se mit à parcourir mécaniquement la table des Serdaigles du regard pour situer Alaric et déterminer la place qui était la plus éloignée de lui. Ce ne fut qu'en voyant se dessiner au loin, parmi un groupe de camarades, la silhouette qu'il reconnaissait si aisément, qu'il se rendit compte de ce qu'il était en train de faire. Mais à vrai dire, le Russe avait tant l'habitude d'être partagé entre une foule de passions dont l'expression dans son cœur faisait une véritable et permanente explosion que cela ne le déstabilisa pas plus que d'ordinaire.

Il attira Théodore à un coin de la table des Serdaigles, qui était inoccupé, après avoir échangé quelques saluts avec des personnes qu'il connaissait de vue, qu'il appréciait sans les connaître plus que ne pouvaient le permettre quelques propos échangés entre les cours, mais pour qui il réservait un sourire plus doux que celui de simple politesse qu'il opposait généralement au monde et à ses convenances.

Sur les tables, surgis des profondeurs des cuisines magiques, les plats avaient commencé leur valse, s'emplissant par magie et se vidant par la faim des élèves, proposant l'abondance qui semblait si naturelle à Poudlard, et la variété susceptible de satisfaire tous ces jeunes estomacs bien délicats. Ivan, s'il mangeait peu, n'en était pas moins gourmand, et il ne mangeait que pour le plaisir. Il s'assit, avec Théodore à ses côtés.

Un sourire triste passa sur le visage d'Ivan lorsqu'il fut contraint de libérer sa main de celle de son compagnon pour fouiller ses poches. Ce fut alors que le jeune Russe révéla le génie des tailleurs russes. Quoique son pantalon eût toutes les apparences de la normalité, le jeune homme venait d'extraire de sa poche une boîte dont la taille, comparée à celle beaucoup plus de réduite de sa poche, laissait peu de doutes quant à la quantité d'enchantements mineurs qui imprégnaient le tissu.

Le sorcier déposa la boîte en bois sur la table et en retira le couvercle. A l'intérieur, il y avait toute une série de tubes et de fioles, et le jeune homme entama son triste rituel, commençant à sortir l'un après l'autre les médicaments pour ingurgiter parfois une pilule, parfois deux, et sans doute prenait-il en fin de compte pendant ses repas plus de médicaments que de réelle nourriture. Quoiqu'il fît tout cela avec un détachement exemplaire, sans doute pour ne pas trop se laisser toucher, il y avait dans ce passage obligé quelque chose d'un peu tragique.


« Gastronomie russe. »

Cette voix s'était teintée de l'ironie particulière dont il avait le secret, celle qui était systématiquement tournée contre lui-même, parce que tourner en dérision ses maux l'aidait à les supporter. Il rangea son matériel, ferma la boîte et la glissa dans sa poche ensorcelée, combattant en même temps la vague de nausée qui suivait systématiquement la prise des médicaments mais qui, heureusement, ne durait qu'un temps. Puis ses yeux se reposèrent sur Théodore.

« Alors, beau brun, révèle moi tes terribles secrets alimentaires. Végétarien, végétalien ? Tu ne manges pas d'animaux avec le sabot fendu ? Cacheroute ? »

Un sourire taquin et désinvolte éclairait son visage, mais la question d'Ivan pourtant se teintait de sérieux, tant il avait envie de découvrir les petites habitudes de Théodore, de se faire révéler l'intimité quotidienne de son amant, pour mieux le connaître, pour aborder cette partie de lui qui échappait aux raisonnements systématiques sur la magie, les traditions, bref, ce qui faisait finalement de Théodore un adolescent, un jeune homme, un être humain.
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MessageSujet: Re: L'Intimité et la Foule   Dim 2 Mar - 18:52

La réponse d’Ivan plut à Théodore qui répondit au baisé avec une fougue égale si ce n’est supérieur. Lorsqu’ils franchirent le seuil de la grande salle, Théodore remarqua à la fois les nombreux regards inquisiteurs ainsi que quelque déception féminine à l’égard du jeune Russe. Il savait le garçon populaire, mais une telle redondance des sentiments de jalousie lui fit prendre conscience du privilège de posséder une part de ce Sibérien doux et espiègle que peu de personnes avaient eu la chance de découvrir.

Il remarqua l’incroyable et douloureux panel de médicament qu’Ivan dû prendre, suivi de cette nausée perpétuelle dont le sibérien n’eut guère d’autres choix que de s’accommoder. Les yeux d’Ivan, sans exprimer de la pitié, jamais il se montrerait si condescendant, s’emplissait d’une inquiétude non feinte. Il connaissait la condition d’Ivan, mais sa crise précédente dans la salle de classe avait presque sombré dans les abysses jusqu’à ce quelle ressurgisse si soudainement. Néanmoins tout inquiétude fut rapidement évaporée par le trait d’humour qui fit esquisser un sourire au Gryffondor.


- Je n’ai pas d’états d’âmes en matière de gastronomie. Tous me convient, selon mes envies. Bien que j’ai une préférence pour les mets raffinés, et parfois, le mélange du sucré et du salé, surtout dans les plats moldus, peuvent me ravir. Mais je m’adonne rarement à de tels caprices, je reste le plus clair du temps simple mais variés en évitant toujours les crustacées. Je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose dans leurs textures qui me rebutent.

Théodore se servit d’ailleurs quelques légumes verts qu’ils trouvaient revigorants, une parcelle de purée qu’il imbiba d’une sauce poivrée et pour finir, un steak pas trop imposant qu’il s’attela à découper méticuleusement. Le Gryffondor mangeait lentement, prenant bien soin de ne pas mélanger des mets dont la combinaison pouvait s’avérer répugnante. En guise de boisson, il se contentait d’eau fraîche. Rares étaient les exceptions où il se permettait d’accompagner son repas d’une boisson, le vin en était une, mais à Poudlard l’alcool n’était pas à la portée des élèves. Et, parmi les choix de l’établissement, c’en était un qu’il comprenait et adhérait parfaitement.

Bien élevé, ou du moins, de bonne compagnie, Théodore mâchait la bouche fermée et ne prononçait aucun mot tant qu’il n’avait pas fini d’ingurgiter. Il s’essuya les lèvres, une sorte de tic qu’il n’arrivait pas à se déposséder, avant d’interroger à son tour Ivan.


- Dis-moi, qu’est ce qu’affectionne cet angelot sibérien ?
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MessageSujet: Re: L'Intimité et la Foule   Dim 2 Mar - 19:24

Ivan Krichtein était riche. C'était une chose qui ne se voyait généralement pas, étant donné le peu de propension que le jeune homme avait à exhiber la brillante situation dans laquelle il était né et la nature du milieu dans lequel il avait évolué pendant toute sa jeunesse : pour bien des personnes, les délicatesses de mouvements et de vocabulaire qu'elles trouvaient à l'adolescent venaient plus d'un fonds naturel de grâce et de bon goût qu'autre chose, et jamais ces personnes ne songeaient qu'il y avait là également une grande part d'acquisition automatique, de conditionnement social et d'immersion dans un milieu pour lequel les bonnes manières n'étaient pas seulement des convenances mais également un code chargé de messages secrets.

Mais lorsque le jeune Russe mangeait, il y avait des signes qui ne trompaient pas, une avalanche de signes même qui soulignait systématiquement son extraction sociale, le trahissant par des comportements qu'il reproduisait inconsciemment et dont sans doute il ne jugeait pas utile de se défaire, parce qu'ils n'avaient rien pour les autres de très incommodants.

Il se tenait droit, parfaitement droit, mais sans être pourtant guindé, ce qui faisait comprendre à la fois qu'il avait le sens de cette politesse et qu'elle n'était pas chez lui l'expression d'un parvenu mais d'une éducation ancrée dans sa petite enfance. Il tenait ses couverts sans avoir l'air de les tenir, les approchait de sa bouche sans s'approcher d'eux, mangeait sans avoir l'air de se nourrir, s'essuyait la bouche avant de boire et après avoir bu, ne buvait que rarement d'ailleurs et veillait à ne jamais vider ni son verre, ni son assiette.

Alors, vraiment, on l'imaginait sans mal dans une réception à Moscou, avec différentes personnes bien placées dans l'un ou l'autre des deux mondes, et ce genre de réceptions, il en avait connu un certain nombre. Il se souvenait de son ennui d'enfant et de jeune garçon dissimulé sous un air de politesse réservée et adorable pendant que les plats se succédaient, tous plus élaborés les uns que les autres, et pendant que les discussions roulaient sur des sujets qui échappaient de loin aux préoccupations de son jeune esprit.

Il y avait même quelque chose d'un peu triste à songer que sa sensualité naturelle, l'écoulement félin et voluptueux de son être, avait été dès sa tendre jeunesse contraint dans le carcan des bonnes manières, qu'il occupait avec une grâce certaine sans doute, mais par lequel il ne pouvait s'empêcher de dégager une froideur certaine, une distance évidente, élégante certes, mais réelle toujours.

Néanmoins, invariablement, lorsque ses regards se posaient sur Théodore, son sourire s'adoucissait soudainement, sa voix prenait des inflexions tendres et ses yeux se coulaient dans leurs jumeaux forestiers avec la mobilité retrouvée de leur sensualité profonde, et le véritable Ivan surgissait pour Théodore seul, lui laissant tout le loisir de profiter de son être, comme par une sorte de primauté, alors que les autres n'avaient accès qu'à l'écorce.

Lorsque son amant l'interrogea sur ses goûts, Ivan avait déjà rempli son assiette, quoique remplir fût un bien grand mot : il y avait quelques feuilles de salade, plusieurs morceaux de tomates, des carottes crues et quelques autres éléments de la panoplie parfaite d'un lapin. Le jeune homme adressa un sourire espiègle à son interlocuteur.


« Eh bien comme tu le vois, je suis une vache qui se déguise. »

Il piqua un morceau de carotte et l'enveloppa de ses lèvres avec une sensualité un peu trop soulignée pour être innocente, et pourtant elle était tellement naturelle qu'il semblait être d'une innocence parfaite, comme si les pensées déplacées que son geste pouvait faire naître n'étaient pas le moins du monde sa faute à lui, si blond, si pâle, au regard si bleu, en somme si pur.

« Plus sérieusement, je mange peu le soir. Essentiellement froid, et des légumes. Je n'ai pas un appétit très marqué. C'est à cause de ... enfin, tu comprends, bien sûr. »

Comme un certain nombre de malades, Ivan avait pris l'habitude de ne pas nommer le mal qui le rongeait, un peu par superstition, mais machinalement surtout, comme si l'évoquer trop explicitement aurait suffi à le faire surgir à son esprit, à provoquer une nouvelle crise qu'il voulait éviter par dessus tout, à la fois à cause de leur douleur intrinsèque et en raison de la peine qu'elle pouvait causer à Théodore.

« Sinon, disons que j'ai grandi dans une cuisine assez complexe. A la française, comme il se doit, en Russie, pour ma classe sociale. Mais j'avoue préféré nettement les frites. C'est mon côté adolescent irrécupérable, je suppose. »

Il lui adressa un clin d’œil espiègle, avant de se remettre à manger. Régulièrement, sa main semblait s'égarer comme par inadvertance vers celle de Théodore, et alors il effleurait du bout des doigts le dos de celle de son compagnon, en lui adressant le sourire de la plus parfaite innocence, comme si vraiment la rencontre fortuite de leurs deux peaux avait été le fait d'un pur hasard.

Et aux regards qui régulièrement glissaient sur eux pour s'étonner de ces contacts, Ivan adressait le sourire insolent du plus pur bonheur.
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