Parce qu'une saga telle que celle là ne meurt jamais ...
 
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 Les Misanthropes [Théodore]

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MessageSujet: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 15:20

Ivan était fatigué. Fatigué et malade. Ces dernières semaines, son état s'était dégradé à une vitesse qui leur aurait effrayé, s'il ne les avait pas passées dans un état de flottement un peu étrange, qui étendait démesurément sur ses journées l'impression trouble qu'il avait lorsqu'il sortait à peine de ses évanouissements. Souvent, la seule chose qui se présentât avec assez de goût pour interrompre sa grisaille quotidienne, c'était l'impression fugace d'Alaric, qu'il apercevait au détour d'un couloir, sans avoir pourtant le courage de presser le pas pour le rattraper et converser avec lui.

Les doses de ses médicaments avaient été augmentées pour faire face à la progression du mal. L'épuisement, qui en était l'effet secondaire, faisait parfois peser sur ses nerfs une telle tension qu'il se surprenait à se pelotonner dans un coin de son lit pour fondre en larmes, lorsqu'il trouvait dans la Tour des Serdaigles une solitude propice à une telle manifestation de désespoir, ce qui n'arrivait jamais que tard la nuit, aussi l'habitude rajoutait-elle un peu à son état.

Pourtant, extérieurement, Ivan était exactement semblable à d'habitude, essentiellement parce que son habitude n'était pas d'apparaître particulièrement cordial. Il continuait à promener sa beauté marmoréenne et sibérienne dans les couloirs, il continuait à poser sur les êtres et les choses son regard glacial où brillait l'intelligence analytique dépourvue presque de sentiments — il avait toujours réservé l'expression orageuse que son regard faisait de ses états d'âme à de rares personnes, et les derniers développements de sa vie le confortaient dans l'idée que c'était un heureux parti à prendre — humains, il continuait à n'adresser la parole qu'à de rares camarades.

Ce jour-là, malgré la froidure hivernale et la fragilité de sa santé, il était là se promener dans le parc après les cours. Inconsciemment peut-être, il effectuait toujours le même chemin, qui le conduisait invariablement au lac. Alors, il laissait pendant quelques minutes son regard planer sur l'ombre, avec un air si absorbé et mélancolique que les groupes d'élèves qui passaient de temps à autre près de lui s'interrogeaient sur les pensées qui le traversaient. Puis, ayant laissé échapper de ses lèvres esseulées, il se détournait du lac, et faisait le chemin dans le sens inverse.

Le vent déjà très hivernal propulsait, souffle après souffle, des mèches de cheveux blonds sur son visage de porcelaine et, de temps à autre, le jeune Russe les repoussait d'un geste exaspéré. Les feuilles mortes tourbillonnaient au pied des arbres, mais elles étaient déjà de plus en plus rares, à mesure que la saison morte progressait. En songeant justement que c'était la saison morte, le sorcier songea que cela s'accordait tout à fait à son caractère, et cette remarque intérieure lui arracha un sourire ironique, dont l'amertume était entièrement tournée contre lui.

Fort heureusement pour lui, une rencontre vint le détourner de ses considérations, qui commençaient à devenir un peu trop sombres (semblables en cela à la personne à laquelle elles s'attachaient, et peut-être était-ce précisément ce qui poussait Ivan à ne pas les combattre avec trop de rigueur). Devant lui, il venait en effet de voir se dessiner une silhouette aux cheveux bruns et dont il devinait, bien qu'elle fût de dos, les yeux verts, silhouette qu'il connaissait un peu mieux que les autres.

Ce n'était pas que Théodore et Ivan fussent particulièrement proches étant donné que les dispositions particulières de leurs deux caractères ne les portaient pas, l'un comme l'autre, aux franches amitiés, mais ils se trouvaient entre eux certaines similitudes (plus qu'ils ne s'en doutaient eux-mêmes d'ailleurs) qui les rapprochaient, rendant leurs conversations plus fréquentes que celles qu'ils entretenaient avec les autres.

Ivan, jugeant que la compagnie de son camarade chasserait pour un instant du moins les tourments qui l'occupaient d'ordinaire, pressa légèrement le pas, jusqu'à marcher finalement aux côtés de Théodore. L'accent russe de sa voix se mêla alors aux bourrasques du vent qui continuaient à maltraiter sa chevelure.


« Bonjour, Théodore. »

Il lui adressa un sourire, certes un peu vague, mais somme toute bien plus cordial que ceux qu'il lançait à ses simples fréquentations. Théodore avait le privilège d'adoucir un peu la glace d'Ivan, et il était vrai qu'en sa compagnie le jeune Russe se sentait moins totalement étranger à ce pays, cette école et, plus largement, à l'ensemble de ces congénères. Alors, naturellement, une forme de sympathie était née en lui pour le Gryffondor.

Ivan n'ôta cependant pas une main de ses poches pour saluer Théodore, le geste de politesse lui paraissant superflu, non par manque de respect mais parce qu'il jugeait que son interlocuteur et lui n'en étaient pas réduits à ces manifestations un peu hypocrites de courtoisie. Son sourire, de toute façon, parlait assez pour lui de l'agrément qu'il trouvait à sa compagnie sans avoir à en rajouter.


« Tu vas quelque part, peut-être. J'espère que je ne te dérange pas. »

Si la voix d'Ivan n'avait certes pas pour Théodore tous les accents mélodieux qu'elle prenait involontairement pour s'adresser à Alaric (et particulièrement depuis que ce dernier avait complimenté Ivan à ce propos), elle était néanmoins nettement plus douce et posée qu'avec n'importe qui d'autre.

Comme pour marquer qu'il était prêt à s'éclipser si sa compagnie dérangeait Théodore, Ivan s'arrêta de marcher, plongeant son regard toujours glacial (il avait bien essayé de le changer mais en vain) dans celui verdoyant de son camarade, qui n'était somme toute pas tout à fait un ami. Et le vent, toujours le vent, s'obstinait à voiler de mèches blondes le visage délicat et fragile du malade.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 16:17

L’incroyable don de Théodore pour la solitude pouvait sembler quelque peu douloureux pour l’œil du profane social et avenant. Le secret pour entretenir une telle relation avec le néant consistait à s’entourer de personnes moins niaises que les autres afin de converser pour, généralement, oublier leurs conditions. Ivan Krichtein faisait partie de ce groupuscule d’entité que Théodore appréciait pour leurs esprits singuliers.

La brise glaciale du parc caressait le visage du gryffondor qui ferma les yeux un instant pour savourer la froideur hivernale. L’extérieur était son domaine, du moins il aimait le penser, et il n’était pas rare de le voir errer dans le parc sans raison apparente. Néanmoins, l’exception d’aujourd’hui confirmait la règle, puisque Théodore avait un but précis : évitez de croiser des imbéciles. Quête qui pourrait sembler fortuite, puisque cette race d’ignorant pullulait Poudlard bien plus que n’importe quel autre établissement, mais qui au moins donnait un but au sorcier.

Une voix l’appela. Il la reconnut immédiatement, l’accent fort prononcé du garçon en question dont il s’était laissé à penser plus tôt,trahissait facilement son identité. Ivan était quelqu’un d’à part, subtil et misanthrope comme lui. Peut-être était-ce là le point commun qui avait réunis les deux garçons sous un semblant d’amitié. Une denrée rare pour ces personnes dont la principale occupation était de médire autrui sur leurs suffisances et leurs hypocrisies. C’est ainsi qu’il consentit à lui répondre, s’abstenant de dire bonjour, comme à son habitude d’ailleurs. Ceux qui le connaissaient savaient qu’il ne prononçait jamais ce mot, mais il demeurait de notoriété public qu’une absence d’injures signifiait chez lui un sympathie pour son interlocuteur.


- Tu ne me déranges pas Ivan, bien au contraire. Je me contente juste de déambuler à l’extérieur pour éviter que l’on vienne me parler. Je n’ai pas vraiment de direction, je verrai bien où mes pas me mèneront. Poudlard me tape sur les nerfs parfois.

Le regard glaciale d’Ivan était unique. Pas facile de s’y habituer, et même pour quelqu’un dont le calme presque constant dominait ses attitudes, ne parvenait pas à l’ignorer. Ce lui de Théodore différait. Ses yeux trahissait un certain esprit analytique, certes, mais aussi une sorte d’universel compassion qui ne reflétait en rien ses pensées. Peut-être était-ce la partie de son visage qu’il détestait le plus. Les personnes le trouvaient sympathique, leur erreur, et s’autorisaient souvent à venir lui adresser la parole. Il sortit sa main droite de sa poche pour s’ébouriffer nonchalamment les cheveux avant de se laisser aller à un soupir.

- Que fais-tu à l’extérieur ? Avec ce temps je pensais croiser personne.

Le vent ne cessait que rarement de souffler, ondulant à la fois l’écharpe du gryffondor et les cheveux noirs dont l’ébouriffement précédent s’avérait obsolète dans cette faiblarde tentative de maîtriser cette composition capillaire. Théodore, en face d’Ivan, étira un coin de sa lèvre pour offrir une sorte de demi sourire sympathique.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 17:04

Ivan ne s'offusquait pas de l'absence de salutations. A vrai dire, par système, Ivan ne s'offusquait pas de grand chose. Telle était peut-être la suprême insulte dont il affligeait les comportements désobligeants : une indifférence absolument constante, avec même une hauteur cynique et désabusée, qui rabaissait aussitôt toute forme d'insultes que l'on aurait pu lui adresser (ce qui arrivait de temps en temps) à la vague manifestation puérile d'un caractère mal maîtrisé.

Il fallait dire qu'il se rencontrait chez le Russe la conjonction triple et par bien des côtés désastreusesd'une éducation fortunée et un peu stricte, d'une nature froide et intelligente et d'une maladie qui ne pouvait faire naître que le désespoir et la distance. La perspective d'une mort prochaine fixait en lui la sensation de l'écoulement du temps de façon si cruelle qu'il voyait une nécessité absolue à abandonner toute complaisance, toute compromission. Il y avait chez lui comme une obsession de garder pur tout ce qui le touchait, et qui le poussait à ne pas s'intéresser, pas même par un mouvement de colère, aux coups que l'extérieur prétendait lui porter, estimant avoir d'ailleurs bien trop à faire avec ceux que son propre corps lui infligeait.

Il avait de toute façon bien peu de raisons de s'offusquer du cas présent, car non seulement il tenait assez peu à la politesse, et lui-même n'avait prononcé ce Bonjour que de façon purement phatique (parce qu'il avait été le premier à parler), mais en plus Théodore n'était pas de ceux dont il craignait les coups, non qu'il ne l'estimât point capable de lui en porter mais bien qu'il plaçât en lui ce qui s'approchait d'une forme de confiance.

Le jeune Russe esquissa un sourire à la réponse de son camarade, dont il connaissait l'aversion désormais légendaire pour l'école qu'ils fréquentaient tous deux, et surtout pour ses occupants. Ivan était loin de partager avec lui des sentiments si extrêmes, à la fois parce qu'il ne trouvait pas à Poudlard tant de défauts que cela en comparaison de l'Académie qu'il avait d'abord fréquentée et parce qu'il ne se souciait peut-être pas assez des autres et de son environnement pour concevoir une haine si farouche, réservant sa force d'âme à des sujets et des personnes (une) plus intéressants.

Il reprit sa marche en compagnie de Théodore, et resta silencieux, occultant de ce fait la question qu'il venait de lui poser. Par un mécanisme de défense en partie inconscient, Ivan avait pris l'habitude de ne pas s'interroger trop avant sur les raisons qui le poussaient à faire toujours le même chemin dans ce parc, à observer toujours le même lac, en remuant continuellement les mêmes pensées. La sensation qui l'accompagnait tout le trajet durant suffisait à elle-même en matière de douleur, pour qu'il n'y ajoutât pas celle de la réflexion, qui eût été pour le coup un peu humiliante.

Au bout de quelques secondes, il fut obligé de s'arrêter de nouveau, non en raison du vent, mais parce que la fatigue l'avait repris, accompagnée d'un vague étourdissement. Il était désormais assez rare que sa maladie le laissât en repos plus d'une heure consécutive. Il esquissa à l'endroit de Théodore un sourire d'excuse, conscient de le déranger peut-être par cet arrêt inopiné, dont il consentit à donner l'explication :


« Navré. Ces derniers temps, c'est de pire en pire. »

Ivan n'avait guère besoin d'expliquer ce à quoi il faisait référence. Il avait assez fréquenté Théodore pour que ce dernier eût, au moins une fois, à contempler le trajet sinueux du sang de ses yeux arctiques jusqu'à son menton, à le voir soudain s'effondrer, sans raison apparente, faible et glacé, alors même que la température de telle salle était plus que confortable, alimentée par le feu ronflant d'une cheminée.

La maladie d'Ivan était devenue si fréquente et sa manifestation était si spectaculaire qu'il n'y avait guère de personne qu'il eût croisée plusieurs fois pour ignorer le mal dont il était atteint. Le jeune homme perdit son regard dans les profondeurs du parc, laissant planer malgré lui dans ses esprits les suites logiques de ce Pire en Pire, l'aboutissement ultime de la maladie.

Néanmoins, mettant pour cela en œuvre la force de son caractère, il écarta cette sombre pensée pour reposer son regard sur Théodore, ou plus précisément car telle était son habitude pour fondre son regard dans celui du jeune homme, comme s'il avait voulu l'emprisonner de ses glaces et comme si lui-même était insensible au verdoiement étrangement doux de son jumeau (sa victime ?).


« Tu sais, Théodore, il y a d'autres écoles, dans le monde. Je sais que tu as bientôt fini, mais ... »

Il fit un vague geste de la main, étirant ses doigts fins dans un mouvement gracieux, qui avait valeur chez lui de soupir, avant de conclure :

«... puisque tout cela t'insupporte tant, peut-être que le changement serait bienvenu. »

Il marqua un temps d'arrêt, paraissant hésiter un moment. Ce qu'il avait a ajouté était une éventualité rarement considérée comme honnête chez les sorciers, tant elle se rapportait désormais à un certain type de magie, type craint depuis qu'il avait été porté au comble de sa noirceur, alors même qu'il s'agissait d'une pratique jadis plus courante et plus diverses. Soucieux de ne pas trop s'avancer, Ivan s'en tînt à une formulation un peu évasive, laissant à son interlocuteur le soin de combler ce qu'elle avait d'implicite.

Et puis, il n'y a pas que les écoles. »

Un vague sourire éclaira un instant son visage, avec qu'il ne se remît à observer avec un soin un peu rêveur les détails du parc, faisant glisser la glace de son regard sur l'herbe frémissante. Il faisait allusion aux formations de personne à personne, à ces conseils qu'un sorcier expérimenté donnait aux jeunes gens, et qui il était vrai concernaient désormais plus exclusivement des formes de magie soit primitives, soit interdites.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 17:37

L’arrêt d’Ivan dû à un petit déséquilibre causé par une sorte de nausée ne dérangea pas le gryffondor qui le regarda sans ciller. On était pas responsable de sa maladie, et il connaissait les effets des maux qui accompagnait sa condition. Il le trouvait d’ailleurs assez courageux pour ne pas se laisser aller à s’emmitoufler sous une couverture. Théodore, ceci dit, ne le prenait pas en pitié. Il se moquait bien des souffrances du jeune russe, le destin s’avérait cruel envers certains et plutôt laxiste pour d’autres, mais apitoyer une personne ne servait à rien.

Il ne supportait pas les gens qui ne cessaient de se plaindre pour leurs infortunes. Les pleures et les suppliques n’apportaient rien de bien utile, si ce n’est une constatation de pathétisme chez les personne affublées de malchance. Théodore pensait en particulier à son père, cet insignifiante personne incapable de contrôler son propre destin, préférant profiter du confort que lui octroyait sa concubine. Il s’arrêta donc, gardant ses mains dans ses poches en attendant qu’Ivan reprenne ses esprits.


« Pas grave. Juste quelques secondes de perdus. Je sais bien pour Poudlard, mais il ne me reste qu’une année à tirer. De plus, ma mère connaît mon aversion pour cet endroit, et depuis l’altercation avec mon père elle a même décidé de me laisser moisir ici pour les prochaines vacances. Je ne comprend pas ce qu’elle lui trouve, cet imbécile m’a déjà pardonné de l’avoir malmené. »

Il soupira de dépit. Déballer ainsi ce qu’il pensait, c’était rare, surtout quand le sujet le concernait. Il ne se le permettait qu’avec trois personnes, et Ivan était l’une d’elles. Sa haine pour Poudlard n’avait rien d’un secret, cette dérive sectaire qui séparait les élèves selon leurs caractères n’avaient plus lieu d’être. Pourtant, et après tous ses siècles depuis sa création, personne ne l’avait réformé. Comme la plupart des traditions d’ailleurs, voilà l’exemple type de stagnation que Théodore détestait.

« Ailleurs, je pense que c’est pire. Autant prendre mon mal en patience, une année, ça passe rapidement. »

La phrase tendancieuse que prononça ensuite Ivan eut pour effet d’arquer un sourcil à Théodore. De quoi pouvait-il donc parler ? Quelle folie de prendre un tel risque en mentionnant ainsi la tutelle pour apprendre les magies déviantes. Surtout avec Théodore qui n’avait aucun état d’âme à trahir n’importe qui qu’il jugerait un peu trop instable. Mais le garçon était intrigué, et l’idée d’apprendre des arts interdis faisait frémir sa curiosité.

« Ivan, tu ne devrais pas jouer avec le feu à sous entendre que tu considères ce genre de méthodes. Bah, j’avoue que tu m’intrigues, je ne connais pas grand chose sur le sujet et j’ai toujours envie d’apprendre un peu plus sur les arts interdits. Simple curiosité je suppose.

Il approcha de quelques pas d’Ivan, un sourire naissant à l’idée des informations à venir.

« Que sais-tu sur ce genre de choses ? »
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 18:25

Ivan prenait parfois conscience, au travers de leurs conversations, et de façon d'ailleurs un peu paradoxale, non tant de ce qui les rapprochait — peut-être parce que cela semblait acquis du fait de la situation même d'interlocution, et donc devenait une sorte de fondement qu'il s'agissait à le fois de ne pas remettre en question mais également de ne pas considérer — mais de ce qui conservait entre eux une certaine distance que le jeune homme ne se voyait pas franchir, en somme tous ces petits détails qui rendaient, à ses yeux du moins et peut-être à tort, leur amitié (véritable) impossible (improbable).

Cela ne tenait en effet, en apparence, qu'à des petits achoppements, des divergences infimes qui surgissaient au détour d'un mot. Par exemple, Ivan n'aurait jamais utilisé moisir, et jamais il ne se serait montré aussi personnel que venait de l'être Théodore. La réserve slave du jeune Russe n'était pas dépourvu si ce n'était d'une certaine élégance de langage, du moins d'une précision un peu raffinée, consubstantielle au milieu dans lequel il avait été éduqué, qui lui interdisait (sans qu'il y songeât plus que cela d'ailleurs) les mots qui auraient pu paraître trop durs non tant à son interlocuteur qu'à lui-même, de sorte qu'il y avait dans sa façon de s'exprimer la même grâce presque féminine, en tout cas délicate, qui guidait ses traits et sa façon de se mouvoir, une grâce qui n'avait plus rien à voir avec de la politesse, car elle s'était en quelque sorte fondue à sa personne au point de le constituer lui qui, par bien d'autres côtés encore, avait parfois l'air un peu poétique des représentations du fantôme, chez qui l'immatérialité et (paradoxalement étant donnée sa nécessaire immortalité) l'éphémère présence font naître un flou vague et envoûtant, parce qu'il tient un peu de ce que l'on s'imagine que doit être la poésie nordique et nocturne, nocturne si ce n'est obscure, même, et parfois inquiétante.

Alors que, tout au contraire, Théodore lui apparaissait dans un état continuellement volcanique, malgré qu'il en eût peut-être, parce que toujours prêt à exploser non de lui-même mais sous l'impulsion d'une irritation extérieure, qui devait sans doute être contingente, mais qui du moins rendait son camarade comme malléable à toute contrainte extérieure, du moins du point de vue de l'humeur, et toujours susceptible de céder à un excès de langage qui eût été inimaginable de la part d'Ivan et qui déroulait, en surgissant au détour d'une conversation, toute l'étendue de leurs différences.

Ce n'était cependant pas une raison suffisante pour que l'arithmancien se détachât de Théodore, simplement une raison nécessaire pour qu'il ne s'attachât pas plus à lui. Ivan ne marqua pas sa désapprobation de façon plus nette qu'en se cantonnant à un silence vaguement souriant, reprenant leur marche au travers du parc, silence qui pouvait sans peine s'accorder à ceux qu'il imposait régulièrement à leurs conversations, tant le jeune Russe semblait avoir peu de goût pour les propos suivis.

Il se contenta donc de hocher silencieusement la tête lorsque Théodore reprit sa première observation, à savoir qu'il n'y avait pas long pour lui avant d'être libéré de ses contraintes. Cela se tenait. Ivan n'aurait pas eu la même résignation que Théodore, mais il avait des raisons bien plus pressantes de profiter de son temps, et il sentait la perte d'une année de façon tout autrement douloureuse que celle de son ami.

Les remarques qui suivirent, qui prenaient une forme hybride entre le conseil et les reproches, furent accueillis par un haussement de sourcil, ponctué d'une remarque au ton légèrement ironique, mais finalement assez largement désinvolte :


« Le feu ? Allons donc. Qu'est-ce qui pourrait m'arriver ? Une expulsion ? J'ai l'habitude. »

Et en effet la perspective ne semblait pas l'inquiéter outre mesure. Mais à peine avait-il prononcé sa phrase et songé, machinalement, à ce qu'il adviendrait si d'aventure il se faisait expulser, une des conséquences qui se présenta alors à son esprit changea du tout au tout son avis sur la question. Cependant, le calme imperturbable de son regard glacial n'en laissa rien paraître.

Pour se distraire, il entreprit de répondre à la question que venait de lui poser Théodore, d'abord avec son habituelle ironie, qui n'était généralement que tournée vers lui-même, dans une forme d'autodérision désabusée :


« Tu veux dire, outre le fait que les arts interdits en question soient en train de me tuer ? »

Il n'était pas sûr d'avoir expliqué l'origine de sa maladie à Théodore. S'il ne l'avait pas fait, ce dernier pouvait désormais se livrer à de justes suppositions, la remarque d'Ivan n'ayant pas été dépourvu de clarté. Pour fournir une réponse un peu moins sordide, Ivan esquissa son habituel geste de la main, avant de murmurer, un peu pensivement :

« Peu de choses. Ce que l'on peut voir un peu partout, bien sûr. »

Naturellement, c'était un mensonge : la présence qu'occupait la magie noire dans sa vie en s'évertuant à lui ôter son sang l'avait poussé à s'intéresser de plus près que cela à cette dernière. Mais il avait prononcé cette phrase avec un tel détachement qu'il n'y avait rien en elle-même qui pût permettre de dire qu'il mentait.

« Simplement, il y a des formations d'individu à individu. Et pas seulement dans des domaines obscurs. En Sibérie, nous avons des shamans. »

Ce nous était finalement très équivoque, mais cela Théodore n'en pouvait rien savoir. Bien sûr, il y avait là un peu de cette généralité qui ne voulait pas dire autre chose (et qui donc qui ne disait rien véritablement) que nous, les sorciers, ou bien à la limite, nous, les sorciers russes. Mais en réalité, ce nous avait une ampleur toute personnelle, puisque Ivan était précisément issue par son ascendance maternelle d'une de ces familles de shamans sibériens, shamans aux formes de magie parfois un peu en marge, que d'aucuns qualifiaient de primitives, adjectif qui dissimulait généralement assez mal l'angoisse qu'ils ressentaient à l'égard d'une pratique presque tribale qu'ils ne parvenait pas à comprendre.

Mais Ivan avait toujours été discret sur la part que cette tradition familiale avait prise dans son éducation magique. Très discret, même.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 19:38

Théodore écouta Ivan d’une demi-attention, s’imaginant déjà maîtriser des sorts interdits, de quoi tuer l’ennuie omniprésent de son quotidien. Malheureusement, il constata qu’Ivan faisait beaucoup de mystère pour pas grand chose, au final, il s’agissait d’une simple relation tuteur pupille avec un sorcier plus expérimenté. Pas de quoi fouetter un chat donc, ni même de peser ses mots. Le gryffondor émit un nouveau soupir de dépit avant de reprendre tranquillement sa marche sans but.

« Tu veux me faire croire que quitter Poudlard n’aurait aucun effet sur toi. J’ai du mal à le croire, je pense que tu y es attaché. Pour une raison qui m’échappe ceci dit. »

Il marchait d’un pas long et nonchalant, regardant le paysage, qui, il fallait l’admettre, resplendissait. Cette verdure avait quelque chose d’incroyablement paisible, et ce vent frais rafraîchissait les idées et atténuait le mal qui le rongeait, la méprise. Lui même se trouvait trop dédaigneux de ses contemporains, et il savait que ce n’était pas normal. Il ne souhaitait la mort de personne, mais il savait que ça ne l’affecterait pas non plus.

« On est tous voué à trépasser, Ivan, c’est vrai que tu as plus de chance de rendre l’âme avant moi. Et pour être honnête, je préfère qu’il en soit ainsi plutôt que l’inverse. J’ai encore des choses à faire parmi les vivants. Comme buller, par exemple. »

Et oui, Théodore n’éprouvait aucun remord à se montrer froid par moment. Cette méchanceté gratuite était néanmoins honnête, il ne mentait pas ou prenait des détours pour éviter les sujets fâcheux. Mais sa phrase trahissait autre chose, un sentiment plus subtile, de la compassion. Il trouvait injuste qu’une personne brillante comme Ivan soit si jeune condamné à mourir, alors que lui, pratiquement du même âge, n’aspirait qu’à se laisser porter par le courant. Aucun but, aucun objectif et il allait vivre encore longtemps. L’injustice est inexplicable.

Il sortit ses mains de ses poches, se les frottant pour atténuer l’effet du froid. Le jeune sorcier se savait résistant aux températures hivernales, mais n’appréciait pas pour autant l’agressivité des bourasques. Du moins, pas sur la durée. Il les replongea à l’intérieur, toujours écoutant Ivan sur les explications du shamanisme.

« je n’ai pas assez de connaissances sur le sujet pour apporter une opinion. La seule chose dont je suis sûr, c’est que les jugements hâtifs sur les pratiques magiques n’ont pas lieu d’être. Les sorts ne sont dangereux que lorsqu’ils sont employés par de mauvaises mains, ce n’est pas eux qui corrompt le sorcier. »

Il regarda de ses yeux verts le sibérien au teint pâle. Il appréciait les personnes de sa trempe, nul doute là dessus. Ils avaient des points communs et des divergences d’opinions. Après tout, quoi de plus naturel. Peut-être que Théodore appréciait le fait de polémiquer avec lui, peu importe. Le garçon détourna sa vision de son interlocuteur pour lever le menton vers le ciel et apprécier la vue.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 21:02

Théodore ne s'en rendait sans doute pas compte parce qu'il n'avait jamais eu affaire aux colères d'Ivan, colères pendant lesquelles le Russe s'embarrassait rarement de considérations morales ou même légales, mais il avait une façon plus que dangereuse de jouer avec le feu. Car des deux jeunes hommes, c'était certainement le Gryffondor qui, en pointant successivement deux plaies de son camarade (la raison pour laquelle il tenait à Poudlard et l'issue funeste de son mal), approchait dangereusement de la ligne subtile et d'ailleurs sans cesse mouvante qui séparait de façon nette mais fine en Ivan les domaines du calme imperturbable et de la colère noire.

Mais sans doute Ivan était-il dans un jour favorable, ou bien au contraire la grisaille de ces dernières semaines avait anesthésié en lui ses violents mouvements d'âme, car il ne releva ni l'une ni l'autre des remarques de Théodore, bien que le jeune homme devînt soudainement un peu plus distant et un peu plus froid, et le vent n'avait pas entièrement sa part dans cette glace soudaine.

Tout de même, il trouvait que les remarques de son camarade ne brillaient pas par leur profondeur. Tout le monde trépasse un jour. Cette constatation était d'une telle banalité qu'Ivan l'avait entendue un nombre incalculable de fois, modulée avec plus ou moins de pathétique mais souvent avec cette conviction un peu étrange que cela lui apporterait du réconfort. Mais il se permettait invariablement d'avoir l'égoïsme de considérer que les gens se laisseraient aller avec un peu moins de générosité à une telle force de caractère s'ils étaient confrontés comme lui à l'urgence.

Néanmoins, il s'abstint de la remarque ironique qui serait venu d'ordinaire corrompre de son acide les propos de son camarade, parce qu'il savait qu'il y avait chez Théodore moins la volonté d'être méchant que l'habitude d'exprimer sans détour sa pensée. Habitude un peu malheureuse selon Ivan, mais qui reposait sur des fondements suffisamment sains pour qu'il lui pardonnât ce qu'il considérait comme des écarts.

Et puis la conversation ne s'était guère appesantie sur les deux sujets fâcheux, si bien que Ivan s'efforça de n'y plus penser, chose qu'il avait l'habitude de s'imposer à lui-même, sans quoi il aurait cédé presque certainement au désespoir qui normalement aurait dû être le fruit d'une situation telle qu'était la sienne. Mais pour une raison qui lui échappait parfois, lorsqu'il réfléchissait à ses perspectives d'avenir, Ivan évitait méticuleusement (mécaniquement presque) le désespoir.

Aux propos de son camarade, il haussa les épaules, sortant une main de ses poches pour repousser de part et d'autre de son visage les mèches de cheveux qui ne cessaient d'empêcher sa vision.


« Il y a des sortilèges qui sont dangereux en eux-mêmes. Je ne dis pas cela d'un point de vue moral, mais simplement purement technique. Un sortilège susceptible de tuer quelqu'un, à plus ou moins long terme, est toujours un sortilège dangereux. »

Il marqua une pause soudaine, dont il tenta de dissimuler la brusquerie par une nouvelle tentative d'écarter des mèches de cheveux de son visage et un soupir agacé. En réalité, il avait cru apercevoir au loin le passage fugitif d'une silhouette qu'il connaissait bien, mais il se rendait compte à présent que c'était une erreur. Tout de même, le brusque soulèvement d'âme qu'il avait ressenti à cette perspective le laissa quelques secondes songeur.

Ivan se força finalement à détacher son regard de l'endroit il avait cru le voir passer, pour se mettre à contempler une autre partie du Parc.


« Maintenant, quant à savoir si il est moralement condamnable d'infliger la douleur et la destruction à toute une famille sur des siècles, par exemple, c'est un autre débat. »

Finalement, la remarque ironique était venue s'inclure dans le débat, avec un peu de retard, puisque c'était de son cas particulier que parlait Ivan. Il avait d'ailleurs mis juste assez d'amertume, toujours un peu désinvolte, dans sa voix pour que Théodore pût finalement deviner sans peine, s'il ne le savait pas déjà, que c'était à lui-même que le jeune Russe faisait référence.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 22:18

Théodore ne se doutait pas qu’il avait à ce point manqué d’irriter le russe, mais s’il avait su, il n’aurait toujours pas mâché ses propos. La susceptibilité d’une tierce personne, même quelqu’un qui pouvait s’apparenter à un ami, ne le poussait pas dans ses retranchements. Il n’allait cependant pas chercher les ennuis, préférant de loin les éviter, et il avait fait preuve d’une maladresse en évoquant aussi froidement le sujet de sa maladie. Concernant la raison sur laquelle Ivan désirait rester à Poudlard, il l’ignorait tout simplement. Il ne connaissait d’ailleurs qu’à peine Alaric, et ne se doutait pas de l’idylle plausible qui existerait entre le russe et ce dernier.

« La connaissance est dangereuse, personne ne le nie mais de là à empêcher les autres de s’en instruire. Il ne faut pas se brider pour des éventualités. Certaines personnes sont juste curieuses, et nul ne détient le droit de les empêcher d’apprendre. »

Théodore avait son opinion. Elle différait de la plupart des personnes censées, parfois choqués, mais il n’en démordait pas. Il s’adonnait à plusieurs réflexions, fallait-il vraiment se freiner ou freiner les autres juste par la crainte de personnes éventuellement mauvaises ? Le gryffondor pensait que le droit de s’instruire ne devait avoir aucune limite, aucune frontière. La connaissance et l’acte sont deux choses tellement distantes, et bien que la ligne soit fine, elle existait. Libre à chacun de la franchir ou non.

« Ca ne va pas ? »

Ivan avait marqué une pose qui n’échappa pas au jeune sorcier. Il regarda dans la même direction et n’aperçut aucune silhouette. Le russe détourna rapidement le regard espérant peut-être faire passer son choc inaperçu. Qu’à cela ne tienne, Théodore n’étant pas du genre à poser des questions, il préféra s’abstenir de toutes interrogations. Surtout que le jeune Serdaigle ne semblait pas particulièrement enclin à discuter de sujet personnel. Théodore haussa les épaules et redirigea son attention aux paroles d’Ivan.

« Ne prend pas mal ce que je vais dire, quoique tu risques tout de même de te vexer. Sache par avance que ce n’est pas mon but. Ce qu’on a fait subir à ta famille, la malédiction sur les mâles de ton sang est une infamie. Tu le sais certainement mieux que moi, mais ce n’est qu’un cas à part. Plusieurs personnes connaissent des sorts d’une dangerosité égale ou pire, ce n’est pas pour autant qu’ils usent de ces sortilèges pour nuire à leurs ennemis. Tu as juste manqué de chance. »

Théodore regardait maintenant son interlocuteur, conscient que la future réaction de ce dernier allait dépendre de sa force de caractère. Il était en droit de s’énerver, mais si Théodore avait relever le sujet, c’était uniquement pour rebondir sur le sarcasme du Serdaigle. Et puis, il n’allait pas non plus s’abstenir de parler de choses fâcheuses si Ivan se le permettait.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Ven 22 Fév - 22:55

Ivan comprenait sans mal l'attraction que les sorts obscurs pouvaient exercer sur Théodore du fait de leur obscurité même : l'interdiction qui pesait sur eux, qu'elle fût tacite ou bien légalement explicite, était propre à exciter la curiosité de tout à chacun, et le jeune Russe doutait sérieusement qu'il y eût au monde un sorcier qui ne se fût pas senti, ne serait-ce qu'une fois, tenté par la découverte de cet ésotérisme dans l'ésotérisme, de ce mystère dans le mystère.

Lui-même s'était penché sur la question de façon assez sérieuse, faisant jouer dans ce sens le réseau de relations qu'était sa famille. Réseau de relations parce que, à proprement parler, le clan Pragigine n'avait que peu à voir avec les familles traditionnelles et nucléaires, et s'apparentait bien plutôt à ce qui tenait le milieu entre le clanisme et un système tribal, avec son organisation teintée de matriarcat (et pour cause), que favorisait l'isolément désormais relatif des plaines sibériennes.

Mais le jeune homme s'était vite rendu compte qu'il n'atteindrait jamais assez vite la puissance et les connaissances nécessaires au contre-balancement de la malédiction que le frappait, alors il s'était rapidement désintéressé de la question. D'autant plus qu'il avait généralement le goût des choses qui apparaissaient un peu annexes aux autres sorciers, soit qu'elles fussent ennuyeuses, soit qu'elles n'apparussent pas directement en liaison avec la magie, comme par exemple l'arithmancie ou la littérature.

Ivan avait toujours été surpris de voir en effet à quel point le monde des sorciers pouvait se couper, en Angleterre plus qu'ailleurs d'ailleurs, de son pendant moldus, au point d'occulter toute expression artistique qui ne fût pas proprement magique. Par exemple, il s'était souvent inquiété de l'absence à peu près complète de philosophie de la magie, alors même que l'ampleur de leurs pouvoirs rendait un peu hasardeuse la solution actuelle qui consistait à confier les problèmes éthiques soit à quelques sages isolés comme l'avait été Albus Dumbledore, soit aux législateurs.

Cette préoccupation personnelle expliquait sans doute l'intérêt qu'il prenait au sujet abordé par leur conversation, bien qu'il ne parût pas immédiatement passionné, faisant montre là comme ailleurs d'un détachement un peu désinvolte. Détachement qui culmina dans son manque à peu près totale de réaction aux derniers propos de Théodore, tout occupé qu'il était à observer d'un air songeur la ligne d'horizon floue du parc.

Le jeune homme, au bout de quelques secondes, reposa ses yeux sur Théodore, et, comme s'il venait soudainement d'entendre les paroles de son camarade, esquissa non pas le premier mouvement d'une colère née de sa douleur mais un sourire presque bienveillant, dont la douceur pouvait surprendre à la fois parce qu'elle émanait de lui et parce que Théodore venait de retourner le couteau dans la plaie.


« Je ne suis pas vexé : tu as raison. Comme je le disais, c'est un autre débat. Un passage du potentiel à l'effectivement réel. »

Et en disant qu'il n'était pas vexé, Ivan était parfaitement sincère. Ce qu'il n'avait pas supporté d'abord, peut-être plus d'ailleurs par le fait de sa maniaquerie intellectuelle que d'un véritable élan de sensibilité, ce n'était pas que Théodore pût se prendre d'intérêt pour les sorts sombres mais bien qu'il englobât sous des considérations égales ce que l'intérêt intellectuellement stimulant que l'on pouvait avoir pour ces sorts et les effets physiquement douloureux qu'ils pouvaient produire.

La voix d'Ivan se fit un peu songeuse, semblable à celle de celui qui développe une réflexion qu'il avait eu dans un premier temps et qui, à la lumière d'une conversation nouvelle, gagne en netteté et en application.


« La question est d'ailleurs plus complexe, même. Si une guerre venait à éclater, je ne dis pas entre le Bien et le Mal, parce que non seulement ces catégories sont un peu désuètes mais en plus dans ce cas là la question se pose moins cruellement, mais disons entre tel ministère de la magie et tel autre, pour une raison quelconque, il y a fort à parier que peu de gens seraient à même de se battre. Véritablement. »

Un sourire passablement ironique accompagna la suite de ses paroles :

« Tu n'as jamais trouvé curieux que les Moldus soient bien moins frileux que les Sorciers lorsqu'ils créent des engins de mort et de destruction ? Pourtant, une bombe atomique passe largement la gravité d'un simple Sortilège Impardonnable. »

L'adjectif simple accolé à a notion de Sortilège Impardonnable aurait pu paraître audacieux si Ivan n'avait pas été réellement convaincu de la validité de son propos. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir une forme de mépris envers ces sorciers qui prétendaient faire un si grand cas de la vie humaine et qui en fait, à ses yeux, ne se préoccupaient guère que de leur propre sort. Car c'était finalement à cela que menait sa comparaison.

« Bien sûr, la différence c'est que les Moldus en fabriquant de telles choses ne s'imaginent jamais qu'elles les concerneront eux, individuellement. Alors que la plupart des sorciers est à même de mettre à mort d'un simple coup de baguette son voisin. Le danger est bien plus concret vu comme ça. Du coup, je crois que c'est moins de la morale que, hm ... »

Il fit un vague geste de la main dans les airs, comme pour mimer de ses doigts gracieux le vide de la morale ésotérique.

« Pur égoïsme. Auquel cas, si l'on reste logique avec son égoïsme, tu as tout à fait le droit d'étudier ce qui t'intéresse, il me semble. »

Il acheva sa remarque en la soulignant d'un sourire parfaitement désinvolte comme si ce qu'il venait de dire, qui était somme toute une justification explicite de l'étude des arts noirs, n'avait été qu'un pur commentaire sur les derniers développements du championnat de Quidditch local. Mais Ivan, sous ses airs extérieurs froids mais angéliques, n'était pas vraiment réputé par sa moralité, encore que sa réputation fût beaucoup moins sulfureuse à Poudlard qu'elle ne l'avait été à l'Académie.

Et cependant, Ivan prenait soin de ne pas s'étaler sur son passé, si bien que personne à Poudlard, excepté ce qu'il en avait laissé entendre à Alaric, ne pouvait s'imaginer l'étendue des dépravations qui, s'ajoutant les unes aux autres au point de le rendre complètement incontrôlable, avait conduit à lui forger, à plusieurs centaines de kilomètres de là, en Russie, une image qui était loin, très loin d'être celle du jeune homme érudit et glacial, ce qu'il était pour l'instant en Angleterre.

Mais étant donné le tour que prenait la discussion, il était fort possible que Théodore finisse, de remarque en remarque, à dévider l'amoralité et le cynisme complets qui guidaient la vie d'Ivan jusque dans leurs conséquences les plus matérielles.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Sam 23 Fév - 0:02

Théodore, brave petit, écouta attentivement les propos de son interlocuteur qui se révélaient pour le moins surprenant, voir hors normes, et condamnable si son esprit pragmatique avait été occulté par les mœurs du commun. Il fut pour un temps rassuré de constater qu’Ivan ne s’était pas vexé des propos employés par le gryffondor, ce qui permit à la polémique de s’agrandir pour ne pas dire s’enrichir.

Il ne fallait pas se leurrer sur le garçon, bien que sa vie fut particulièrement tranquille, ses longues méditations lui permirent d’adopter un cynisme extrême qui justifiait la plupart de ses opinions. Il avait porté une grande attention aux différences qui séparaient les moldus des sorciers. Le sujet l’intéressait, le passionnait même. L’arrogance des sorciers résidaient principalement dans leurs préjugés légèrement péjoratif des humains, si le flux magique leurs conférés l’avantage de la discrétion, il ne donnait pas cher des conséquences d’un affrontement frontale.


« Peut-être que la possibilité que son voisin puisse tuer d’une simple incantation donne aux huiles la crainte nécessaire pour inhiber les capacités des sorciers. La perspective qu’une bombe atomique tombe sur une ville n’est pas envisageable tout simplement parce que les probabilités sont faibles. Mais elle existe et il semble naturel que d’imaginer que les drames ne peuvent arriver qu’à autrui. Ainsi, les moldus acceptent la possibilité de se faire pulvériser en espérant secrètement qu’une telle tragédie ne puisse les frapper eux mais leurs voisins. À l’inverse, le meurtre individuel est plus probable lorsqu’on possède la facilité de l’outil. Chez nous, les sortilèges impardonnables chez eux, les armes à feu ou blanches. Et malgré une histoire probante sur l’usage de tels engins de morts, ils continuent d’user de leurs intellects pour améliorer leurs technologies. Et ainsi, ils prospèrent prouvant une supériorité technologique. L’instinct de survie, le désir de puissances et surtout, de connaissances, est un moteur indispensable pour s’améliorer. C’est la preuve de l’hypocrisie des sorciers puissants qui conserve jalousement leurs secrets de crainte qu’un rival puisse se les accaparer. »

Un sourire se dessina sur son visage. Il croyait en ses propos, aucun doute là dessus. Il ne pouvait pas, ou plutôt ne pensait pas, pouvoir un jour parler aussi librement de ses idées. Les gens le catalogueraient de monstre sociopathe. Est ce vraiment si monstrueux de penser que la connaissance sert aussi bien les personnes peu scrupuleuses que celles tout simplement avide de connaissances. Pourquoi laisser à d’autres la chance de s’élever en s’inhibant par l’intermédiaire de valeurs surévaluées.

Ses cheveux sombres se laissèrent bousculer par la brise, découvrant son visage presque inexpressif. Sa seule manifestation de véhémence s’abritait dans ses iris d’un vert pâle qui scintillait sous la discussion. Parler était une occupation pour laquelle il s’adonnait rarement, les personnes se limitant à l’injurier dès qu’il dévoilait son opinion.


« Je pense en effet avoir le droit d’étudier ce qui m’intéresse sans restriction, peu importe les lois ou les valeurs qui jonchent les opinions des autres. »
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Sam 23 Fév - 0:48

Le systématisme que prenait le mépris de Théodore pour le reste du monde surprenait toujours un peu Ivan, tant ce sentiment qui pouvait sembler à bien des égards purement instinctif — sans doute parce qu'il était, en quelque sorte, ventral, c'est-à-dire qu'il se manifestait par un soulèvement, une congestion des viscères, avec ses développements nauséeux, mettant en branle tout l'appareil gastrique, avec cette particularité de rapprocher dans une même sensation le dégoût pour une charogne et pour un homme bel et bien vivant (surtout : vivant, agissant, parlant) — prenait chez son camarade des formes intellectuelles, ou du moins conceptuelles et intégrées à une espèce de réflexion d'ensemble qui pourtant, dans l'expression qu'elle avait (lexicalement), gardait cette teinte irrépressible de l'émotion, faisant naître une tension proprement paradoxale, celle-là même qui poussait Ivan à s'interroger parfois sur la profondeur du dégoût de Théodore.

En écoutant les propos de son camarade, le jeune homme s'était rendu compte de ce que les siens avaient de purement désincarnés, comme si en évoquant tout cela (mort, destruction, armes, sortilèges), il n'avait fait que manipuler des notions vagues, alors que la plupart le concernait en fait de très près, vagues et sans conséquence, dont il ne se souciait pas plus que s'il s'était agi de discuter, par exemple, de la politique intérieure de tel pays éloigné où il ne risquait pas d'aller un jour.

Mais peut-être était-ce précisément de cela qu'il s'agissait : d'un pays où il n'allait jamais aller, l'avenir. Que pouvait lui faire à lui les changements que prendrait la morale, les tours de la loi ou les réformes que le temps finirait par apporter à cette école et ses enseignements ? Comme ces modifications ne semblaient que peu susceptibles d'intervenir dans les deux ou trois années (décompte déjà optimiste) à venir, il ne les observerait sans doute jamais. Et ce détachement par rapport à ce que pouvait-être l'avenir expliquait d'ailleurs une grande partie de son comportement, à la fois dans ce qu'il avait de glacial (avec tout le monde) et de volcanique (avec Alaric) ; Ivan n'avait jamais vraiment à se soucier des conséquences de ses actes sur la durée, puisque la durée ne serait jamais son pays.

Pourtant, si par un effort de projection il se mettait à la place de Théodore, ou plus exactement à la place de quelqu'un qui aurait écouté les propos de Théodore dans la perspective de les voir se réaliser un jour, il ne trouvait pas non plus de difficultés à ce qu'ils venaient de dire tous deux. Cela le rassurait un peu, parce qu'il se disait que, de la sorte, il ne parlait pas uniquement à pure perte : ce qu'il disait, à défaut de pouvoir le vérifier plus tard, il se savait au moins le dire non point parce que les conséquences lui importaient pas, mais bien parce qu'il y croyait, en toute honnêteté intellectuelle.

Le jeune sorcier se doutait bien que cette approbation ne devait pas être fréquente pour Théodore. Il avait déjà eu l'occasion, d'ailleurs, d'observer de quelle façon son camarade se heurtait aux réactions d'autrui, quoique généralement Ivan se gardât bien d'intervenir, non tant par un lâche manque de sympathique que par avis qu'il était dans l'intérêt des gens de régler eux-mêmes leurs propres affaires. Individualisme, toujours.

Ivan avait assez de sympathie pour Théodore pour vouloir le tirer un peu de son désœuvrement dans lequel sa solitude le plongeait. Il s'agissait de sa part moins d'une forme de pitié que d'une manifestation de bons sentiments sur le mode du pragmatisme, à savoir qu'il considérait que comme il ne lui coûtait rien de livrer telle ou telle information, il n'y avait guère de raison pour qu'il ne fît pas. Aussi, après quelques secondes de silence, observa-t-il songeusement :


« Tu pourrais peut-être faire un voyageur en Sibérie. Là-bas les lois et l'influence du ministère sont ... comment dire ... »

Il esquissa un vague souvenir, répétant encore son geste évasif de la main, qu'il mua aussitôt en cet autre geste, tout aussi fréquent à cause du vent, qui consistait à écarter les cheveux blonds de son visage.

« Limitées. On peut donc y trouver des formes de magie assez inédites, moins spectaculaire question étincelles et fanfreluches, mais somme toute assez efficaces. »

La voix du jeune homme indiquait qu'il était tout à fait sérieux et qu'il ne s'agissait pas là, comme il eût pu l'apparaître, des projets un peu vagues et audacieux que les adolescents sont enclins souvent à former, et qui tournent généralement autour de voyages fantaisistes dans des pays lointains, peut-être parce que pour lui justement la Sibérie n'avait rien de lointain mais restait, aussi peu sentimentalement attaché à son pays qu'il se fût longtemps cru, l'endroit des vacances de son enfance, un de ces endroits que les rires (malgré les souffrances) ont en quelque sorte approprié plus sûrement que ne le peuvent par exemple les contrats, endroit où les souvenirs, en dévidant à chaque détail la toile entière d'un passé perdu, forment le réseau solide d'un filet possessif et tout personnel. Il ajouta d'ailleurs :

« Si d'aventure, d'ailleurs, tu avais besoin de relations sur place ... »

Ivan ne mesurait peut-être pas tout à fait ce que cette proposition avait été délicat, parce qu'étant un membre de la famille (ou de la tribu, du clan), et qui plus est l'un des rares héritiers mâles de celle-ci (et donc particulièrement choyé), il ne se représentait pas bien quelle pouvait être la propension de cette dernière à la méfiance envers tout être un tant soit peu étranger au clan.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Sam 23 Fév - 2:24

Théodore s’imagina partir en voyage, en Sibérie. La perspective de découvrir un autre pays n’était pas détestable, lui même n’ayant que très rarement voyagé, l’idée de partir pour les vacances l’enchantés. Même si la proposition d’Ivan, malgré son sérieux, paraissait éphémère. Ses yeux se détournèrent vers le paysage, savourant une fois de plus cette luxuriante verdure aux allures de forêt. À quoi ressemblait la Sibérie. Il se surprit à imaginer un pays recouvert de neige, un véritable désert blanc dont le paysage aurait la froideur d’Ivan.

- Je ne vois pas ce qui m’en empêcherais. Ce serait très volontiers et je te remercie de partager tes contacts avec moi. Si tu es sérieux, j’accepte avec joie ton offre. L’idée d’apprendre de nouvelles formes de sorcelleries me plaît. Ne serai-ce que pour prouver que la connaissance n’est pas synonyme de déviance. J’avoue n’avoir même pas songé à prendre un voyage didactique. L’idée est pourtant simple et bonne.

Théodore haussa les épaules devant son manque d’initiative. Sans les conseils du Serdaigle,il aurait certainement moisi à Poudlard. Le jeune homme remis en place son écharpe, plissant légèrement ses yeux verts. Il les rouvrit en les plongeant dans ceux du russe, un demi sourire fit office de merci avant qu’il ne replonge ses mains à l’intérieur des poches. Il gardait son calme bien qu’emballait par l’idée. Mais son pessimisme faisait germer des doutes sur autant de générosité soudaine de la part de son interlocuteur.

- Ne va pas croire que je n’apprécie pas ton geste. Mais j’ai du mal à t’imaginer te donner autant de mal pour moi. On se connaît certes, mais on ne peut pas dire que l’on soit réellement amis. Pourquoi fais-tu preuve d’autant de générosité pour une « connaissance ».

S’il ne laissait rien paraître, il restait perplexe sur l’attitude du beau russe qui se montrait particulière généreux. Son visage regagna sa neutralité aussi soudainement que le léger entrain à l’idée de voyager vers des contrés inconnus. Ainsi, il attendit les explications d’Ivan, se doutant bien qu’il pouvait simplement faire preuve de paranoïa.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Sam 23 Fév - 13:42

Il y avait une chose parmi d'autres qui chez Ivan éveillait une certaine sympathique pour Théodore, un détail peut-être un peu futile et superficiel mais qui ne manquait pas d'avoir une sorte d'importance sentimentale pour le Russe, c'était cette façon qu'avait le regard de son ami ne pas toujours refléter — par la complaisance douce et verdoyante, semblable en quelque sorte à celle du Parc, une paix un peu inaltérable — les soulèvements d'âme de ce dernier, de la même manière que ses yeux à lui — par l'acuité presque coupante de leur bleu glacé, impérieux et parfois même cruel — ne rendaient que rarement les ardeurs volcaniques de la sienne, secondés il est vrai en cela par son détachement coutumier qui n'aidait guère non plus à se figurer le jeune sorcier dans quelque accès passionné que ce fût, de sorte qu'il n'y avait en fait à Poudlard qu'une seule personne a avoir véritablement subi ces emportements même si, de par son dossier, l'équipe professorale pouvait en concevoir une petite idée.

L'union un peu fortuite, réelle quoique légère, qu'une communauté d'expérience, même infime et accessoire, pouvait faire naître entre deux êtres, se faisait aux yeux d'Ivan sentir entre lui et son camarade, bien qu'ils fussent par des moments extrêmement éloignés de partager les mêmes vues et (surtout peut-être) la même façon de faire. Mais à vrai dire, Ivan était porté aux compromis, quoiqu'il en apparût, parce qu'il se doutait bien qu'il eût été particulièrement difficile de trouver quelqu'un qui pût le comprendre tout à fait. D'ailleurs, peut-être n'aspirait-il pas vraiment à être compris.

Lorsque, donc, Théodore plongea le verdoiement de son regard dans l'arctique froidure du sien, un sourire doux — cela, cependant, le trahissait : la douceur de ses sourires et de sa voix qui trahissait presque toujours que ses sentiments n'étaient pas aussi froids et son humeur pas aussi coupante que le jeune homme voulait bien le laisser croire — éclaira le visage un peu pâle (complexion naturelle et maladie aidant) du jeune sorcier.

Il fallait croire, à la réception souriante qu'Ivan faisait des propos de son camarade, que ces derniers ne l'offusquaient nullement. A vrai dire, il n'était pas compliqué de comprendre les soupçons qu'une proposition pareillement désintéressé pouvait faire naître chez des personnes moins soupçonneuses que Théodore. Mais, par sa condition encore une fois, Ivan, qui n'avait en quelque sorte pas à se soucier des développements de son avenir, avait le loisir de ne pas marchander son aide, puisqu'il n'aurait jamais à jouir du produit de ses transactions.

Peut-être y avait-il, également, semblable à cette douceur d'âme qui surgissait au détour d'une phrase, chez le Russe une disposition naturelle à la générosité, non qu'elle se manifestât sur la foi d'un système moral s'évertuant à faire le bien mais par un pur plaisir égoïste à venir en aide aux gens qui lui étaient sympathiques. Cependant, Ivan n'était pas particulièrement désireux de détailler à haute voix l'une et l'autre de ses raisons ; il ne les cachait pas vraiment, mais une sorte de pudeur timide l'empêchait de les formuler clairement, de les faire posséder par des mots.


« Je comprends. Mais tu sais, il ne me coûterait pas grand chose d'écrire une lettre pour que tu puisses te présenter. Ce n'était pas comme si cela me coûtait un plus grand sacrifice qu'un peu d'encre, de temps, et une feuille de papier. Un voyage de chouette. »

Un nouveau sourire souligna cette observation, puis Ivan s'arrêta brusquement de marcher, levant le nez vers le ciel, non qu'il fût pris d'un nouvel accès de fatigue, mais il venait d'entendre une espèce de cris qu'il aurait reconnu entre milles, plus par habitude que par sympathie d'ailleurs, et en effet par une curieuse coïncidence commençait à se découper très nettement dans le ciel l'ombre massive d'une chouette dont la taille dépassait assez sensiblement celle des autres oiseaux de la même espèce.

Ivan tendit le bras vers le ciel et le volatile, ayant fini de s'approcher, vint s'y poser. Ivan décrocha le pli qui était accroché à la patte de l'oiseau, une enveloppe où étaient tracés à l'encre violette quelques mots, en cyrillique, dans une écriture féminine et élégante que le jeune homme reconnut être celle de sa mère : probablement envoyait-elle des nouvelles.

Le jeune homme s'adressa en à son oiseau en russe, sans songer que c'était la première fois qu'il parlait cette langue et qu'il manifestait clairement par des signes physiques (langue, alphabet cyrillique) son appartenance à une contrée toute différente de l'Angleterre, différente au point de posséder par exemple son propre alphabet.


« Merci, Analassia. Va te reposer. Il n'y aura pas de réponse, pas tout de suite. »

Sans se fendre du moindre geste d'affection, la chouette déploya ses larges ailes (elle semblait presque trop grande pour Ivan qui était un peu frêle) et s'envola aussitôt, pour se diriger vers la volière. Ivan fit tournoyer quelques instants l'enveloppe entre ses mains avant de la ranger dans une de ses poches, adressant un nouveau sourire à Théodore.

« Quand on parle de la Russie, la Russie vient à soi. »

Il avait reparlé en anglais, avec son accent bien sûr, mais en dehors de celui-ci, et peut-être du physique du jeune homme, la Russie s'était brutalement éloignée, ne se faisant plus remarquer ni par cette langue étrange et étrangère, ni par cet alphabet presque runique qui était fugacement apparu sur l'enveloppe.

Enveloppe dont le contenu, manifestement, ne devait pas sembler d'une importance particulière à Ivan, parce qu'il n'avait pas tenu à l'ouvrir sans attendre. Il songeait en effet qu'elle ne devait contenir que des nouvelles familiales, auxquelles il portait un intérêt il est vrai, parce que sa mère avait toujours été très agréable avec lui, mais qui avaient voyagé un certain temps déjà ; elles pouvaient bien attendre quelques heures de plus.

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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Sam 23 Fév - 17:17

Les yeux verts de Théodore ne quittaient pas son camarade. Il s’agissait d’ailleurs d’une habitude parfois agaçante qu’adoptait le garçon lors d’un dialogue. Il fixait ses iris dans les pupilles de son interlocuteur, ne cillant presque jamais, et soutenait ce regard sans même prendre conscience du mal-être qu’il pouvait créer chez certaine personne. Mais ici, le problème ne se posait pas. Ivan n’y prêtait apparemment aucune attention, pire encore, il rendait parfois ce regard avec ses yeux sibériens si particuliers et intrigant.

Un énorme hibou arriva, livrant une missive à Ivan qui ne se montra pas pressé de l’ouvrir. Qu’à cela ne tienne, Théodore pouvait comprendre que certaines correspondances nécessités une absence de spectateurs. Théodore ne connaissait pas sa chouette, il détestait les animaux ou plutôt, n’y voyait pas de grands intérêts. De plus, les rares lettres que recevaient le gryffondor provenaient de son grand père dont les talents littéraires étaient plus que limité.

De sa voix douce et grave, Théodore remercia Ivan de lui permettre ainsi de partir en voyage pour les vacances. Plus encore, d’étudier certaines disciplines que l’Angleterre condamnait hâtivement. Son père, cet incapable, était un sorcier d’une médiocrité conséquente à tel point qu’il était la risée du voisinage. Le désir de connaissance de Théodore provenait d’ailleurs de son désir à ne pas réitéré le schéma paternel. Ca n’allait pas plus loin, il ne voulait pas lui ressembler.

- Je te remercie pour cette proposition, et j’accepte avec joie. Ce sera l’occasion de découvrir la russie et d’en apprendre un peu plus sur leurs compétences magiques. Si tu veux ouvrir ta lettre, je peux me mettre à l’écart pendant que tu la lis.

Conservant toujours cette froideur apparente, l’intonation du jeune homme était tout de même bien plus chaleureuse. Il ne voulait pas le montrer, mais la joie l’envahissait. Partir ainsi en Sibérie, en apprenant quelques tours par une famille de sorciers russes, qui ne serait pas joyeux. Mais, comme les pleures, sautés de joies n’auraient rien apportés de plus. Et puis, ce n’était tout simplement pas dans son caractère, préférant de loin le stoïcisme même quand il est feint.

D’une secousse de tête, Théodore se craqua la nuque que l’écharpe maintenait au chaud. Il ferma ses yeux en accomplissant le geste et les rouvrit sur Ivan. Il trouvait ce garçon surprenant, tant par sa beauté d’une froideur extraordinaire que par son caractère raffiné et discret. Théodore se perdit un peu dans sa discrète contemplation et émit un léger sourire. Ce rare mouvement de lèvre trahissait une gratitude envers le russe.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Sam 23 Fév - 18:07

Ivan, par bien des aspects, ressemblait à l'eau froide d'une source arctique : il en avait le raffinement glacé et la souplesse, dans une union étrange et même un peu envoûtante entre sa façon d'être (ses regards, ses paroles, les intonations de sa voix) et son apparence physique (beauté fragile et lointaine) ; comme l'eau, il était à la fois la morsure du froid et la douceur éphémère de la caresse, toujours changeante, d'un torrent de montagnes.

Il était éphémère et doux, également, le sourire qui accueillit les remerciements de Théodore, dont Ivan savait peser la valeur, parce qu'il comprenait que de la part de son ami il n'y avait pas un mot qui ne fût vrai, pas un geste ou une parole de gratitude dont le poids n'eût été exactement pesé pour rendre compte de ce qu'elles devaient exprimer, ni plus ni moins, si bien que le Russe savait pouvoir se reposer sans crainte sur ce que lui disait son camarade, ne doutant pas comme il aurait pu le faire avec un autre (et c'était une des choses qui lui plaisait le plus dans la conversation de Théodore) de la mobilité du terrain sur lequel il se mouvait.

Désormais, Ivan non plus n'ôtait pas son regard glacial de celui de Théodore, parce qu'il avait exactement la même inclinaison que son ami, quoique moins systématique peut-être, à s'adresser aux gens en capturant souvent leurs yeux des siens, avec d'autant plus de facilité que son regard aux accents sibériens avait quelque chose d'envoûtant ; mais dans ce domaine, il trouvait que Théodore n'était pas en reste, et souvent Ivan se surprenait à goûter à leur verdoiement, quoiqu'il le fît avec une parfaite innocence et sans arrière pensée, comme d'un plaisir purement esthétique, tant toutes les autres inclinaisons que son âme pouvait avoir à la beauté d'un autre jeune homme étaient exclusivement occupées ailleurs.

Il balaya la proposition de Théodore de le laisser seul un moment d'un geste évanescent de la main, avec un léger sourire, à nouveau.


« Oh, non, ce n'est pas nécessaire. Ce sont des nouvelles de Russie, que ma mère m'envoie, et que le voyage rend déjà un peu datées. Quelques heures n'y changeront donc rien. »

Il fit quelques pas vers son interlocuteur, et il allait faire sa proposition suivante si une brusque rafale ne fût pas venue jeter à nouveau le désordre dans ses cheveux, qu'il disciplina, pour un temps du moins, d'une main qui commençait visiblement à trouver l'activitié un peu agaçante. C'était d'ailleurs ce qu'il avait voulu lui dire d'abord, jugeant que sans doute Théodore se trouvait dans les mêmes dispositions.

« Si nous rentrions ? Le vent commence à me peser, un peu. »

Puis il rajouta, sans rien changer à la douceur de sa voix, pour indiquer ainsi qu'il n'en serait ni vexé ni blessé :

« Sauf si bien sûr tu désires que je te laisse seul. Je ne voudrais pas t'indisposer. »

Pour sa part, Ivan avait à peu froid et, même s'il ne l'avouait, il n'aurait pas été fâché de trouver un endroit où s'asseoir, car depuis quelques minutes déjà, il sentait croître en lui un vague sentiment de malaise, purement physique, qui lui faisait soupçonner que le froid qu'il ressentait n'était pas totalement naturel. Alors, il préférait ne pas se trouver debout quand la crise viendrait pour lui arracher encore un peu de vie, peu désireux qu'il était de s'effondrer au sol, d'imposer l'un de ses innombrables malaises à son camarade, sans parler du risque de se faire mal.

Il n'avait pas particulièrement envie de se séparer si tôt de la compagnie du Gryffondor, et néanmoins il sentait bien que si ce dernier émettait le désir de déambuler encore un peu dans le parc, Ivan ne pourrait pas le suivre. Mais peut-être précisément que Théodore allait deviner les autres raisons (autres que le vent) qu'Ivan avait à vouloir chercher un endroit plus calme, raisons qui n'étaient somme tout pas un mystère (parce continuelles) quoique le jeune homme ne les eût pas formulées clairement, et que pour cela Théodore prendrait le parti de ne le pas suivre, voulant s'éviter le spectacle sans doute un peu pesant de son sang et de sa pâleur.
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Sam 23 Fév - 19:30

Théodore n’eut pas grand mal à deviner les véritables raisons qui poussaient le serdaigle à vouloir rentrer dans le château. Certes le vent se montrer désagréable à ainsi décoiffer régulièrement ses cheveux sombres par de simples bourrasques, mais quoiqu’il en dise, Ivan ne pouvait pas rester indéfiniment à l’extérieur par un temps pareil (compte tenu de sa condition) et de surcroît debout. Il acquiesça donc, bien que le vent frais aurait tout de même était agréable pour encore une bonne heure. L’idée de se retrouver entouré d’un amas d’étudiant déambulant dans leurs quotidiens ne l’enchantait guère, mais retardait l’échéance d’une heure ou plus n’atténuerait pas le mal.

« Aucun problème. ».

Une réponse sobre, caractéristique du garçon qui ne se perdait que rarement en des discours inutiles. Sauf, il devait se l’admettre, avec Ivan qui exprimait des opinions aussi riches qu’intéressantes. Il ne souhaitait donc pas se séparer de sa compagnie aussi vite, même si la lecture lui plaisait, pouvoir échanger quelques idées ou juste des informations avec une personne tel que lui devenait par essence, un besoin naturel. Théodore n’était pas un ermite, et les personnes comme Ivan se montraient trop rare pour pouvoir se priver de leurs compagnies.

« Tu ne m’indisposes pas Ivan, au contraire, ça fait du bien de pouvoir discuter sans être sur la défensive sur des sujets qui ne sont pas particulièrement futiles ».

Il se dirigea vers la bâtisse, supposant qu’Ivan le suivra. Sa démarche n’avait rien d’exceptionnelle, aucune grâce particulière. Il marchait d’une façon commune, si ce n’est que son visage se perdait toujours dans les divers éléments du décors. Chaque détail n’échappait pas à son regard, tout élément s’imprégnait dans son esprit et prenait une valeur conséquente à ses yeux. Ne parlant pas à grand monde, Théodore apprit à apprécier les petites, choses et il s’attachait, à défaut de personnes, aux lieux. S’il haïssait Poudlard, ce n’était pas à cause de son esthétisme mais bien de ses traditions.

Sur le trajet, Théodore resta silencieux. L’étrange paradoxe du garçon qui désirait tant discuter et pourtant s’évertuer à demeurer silencieux. Ce silence était inexplicable, peut-être avait-il juste du mal à lancer une discussion. Ou tout simplement ne trouvait-il rien de bien intéressant à dire. Mais rares étaient les fois où il s’autorisait à poser des questions, lui même ayant du mal à accepter les interrogations sur son quotidien. Néanmoins…


« Ton pays doit te manquer, non ? »
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MessageSujet: Re: Les Misanthropes [Théodore]   Sam 23 Fév - 20:04

Un rapide sourire de reconnaissance passa sur le visage d'Ivan lorsque son camarade accepta sa proposition, et il devinait bien au ton neutre de Théodore que c'était pour le soulager lui plutôt que par une coïncidence de leurs désirs qu'il consentait à rentrer dans le château, et Ivan connaissait assez bien son interlocuteur pour peser le valeur du geste qu'il faisait pour lui.

Il ne répondit pas à Théodore, jugeant que sa présence suffisait d'elle-même à lui signifier que, pour sa part également, il trouvait de l'agrément à sa conversation, non tant que le jeune homme ressentît le besoin d'exprimer ses opinion, mais il en avait du moins le plaisir, et si pour un certain nombre de personnes le plaisir était une satisfaction excédentaire sans cesse susceptible d'être sacrifiée au devoir ou bien à l'amour-propre, il était pour Ivan une part consistante de sa vie, dans ses composantes intellectuelles aussi bien que dans ce qu'il pouvait avoir de plus charnel.

Le jeune homme suivit quelques instants fugitifs du regard le silhouette de son camarade, prenant le temps de le détailler, sans y songer cependant, de la même façon que l'on pouvait pianoter des doigts sur un meuble, dans une salle d'attente, comportement de pure distraction, donc, qu'il abandonna bien vite en le rejoignant. Il nota que Théodore était porté aussi bien que lui à se perdre dans la contemplation de tel détail du paysage, et cette nouvelle concordance le fit sourire.

Ivan trouvait également à Poudlard un charme esthétique indéniable, et étrangement le parc avait quelque chose de maritime, tant la verdure y était foisonnante au point d'emplir tout à fait la vue, se métamorphosant en une liquidité viride à laquelle le vent, en imprimant sa danse aux feuillages et aux brins d'herbe, donnait la même ondulation dansante que celle d'une mer qui, sans être agitée cependant, semble développer sous son voile écumeux et presque marital les mêmes pulsations de vie qui peuvent animer les veines d'un être vivant.

Alors le vaste château semblait surgir de l'onde sous la forme d'un immense vaisseau de pierre sur la coque duquel venait s'écraser, avec l'humilité de la souplesse qu'une puissance purement physique domine, le rivage fluctuant et herbeux du sol, tandis que s'étendait au-dessus de lui tout le bâtiment, dans l'ambition presque démesurée d'unir cette mer smaragdine au ciel anglais toujours brumeux au moyen de ces tours puissamment verticales, dont l'extension fantastique surprenait parfois chez Ivan des langueurs presque sensuelles.

Abîmé dans cette contemplation, Ivan n'entendit pas toute de suite la question de Théodore, mais comme son regard dévalait déjà l'empierrement méticuleux des tours pour rejoindre d'abord les premiers couloirs que l'on devinait par les fenêtres et enfin l'immense porte qui se dessinait déjà devant eux, il ne tarda pas à la prendre en considération, comme si pendant ces quelques instants elle était restée sagement muette dans un coin de son esprit, en attendant d'être reçue.

Le jeune homme haussa les épaules, en poussant l'un des deux lourds battants de bois.


« Je ne l'aurais pas cru d'abord mais, c'est vrai, la Russie me manque. Là-bas, les choses sont différentes : l'air, l'atmosphère. C'est un peu immatériel, je sais bien, mais je t'assure que je le ressens. Et puis les gens sont beaucoup moins hypocrites qu'ici. Je veux dire, il y a de la rigueur, une sorte de fierté froide, qui est peut-être proprement russe, mais qui ne manque pas non plus de ferveur, d'une vigueur de caractère qui manque un peu, ici. Parfois j'ai l'impression que vous n'êtes pas nombreux à avoir du goût. »

Pendant qu'il parlait, son regard avait vagabondé sur le monumental vestibule de Poudlard, mais en disant cette dernière phrase, il s'était déposé sur Théodore, pour bien lui faire sentir la part qu'il avait dans cette constatation valorisante. Mais Ivan ne s'était pas tout à fait rendu compte qu'en disant ce vous, il avait suggéré de la façon la plus claire possible qu'il y avait quelque part à Poudlard une personne qui, elle aussi, avait du goût comme il disait, qui même en avait un très particulier.

Il ne songeait donc pas à ce qu'il avait laissé apparaître dans ses paroles, et se contenta de formuler à son tour une question d'ordre purement pratique.


« Où va-t-on ? »

Théodore connaissait mieux que lui les lieux, même si Ivan avait commencé à s'y habituer, et il était donc plus à même que lui de savoir dans quel endroit ils pourraient goûter au calme suffisant pour poursuivre leur conversation, la difficulté étant que, de deux maisons différentes, ils ne pouvaient pas goûter ensemble au confort d'une salle commune.

[Je te laisse continuer dans la partie du château qu'il aura choisi.]
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